Société de Médecine du Travail

et d'Ergonomie de Franche-Comté
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Besançon, le 16 décembre 2005

A.G. de la Société de Médecine du travail et d’Ergonomie de Franche-Comté
XXe anniversaire de la Société

Allocution prononcée par le Dr Marie-France Dartois
en hommage au Pr. Christiane Teyssier-Cotte et au Dr Pierre Mérouze, à l’occasion de leur
départ du Bureau de la Société de Médecine du travail et d’Ergonomie de Franche-Comté après 20 ans de présence


                J’ai accepté de rendre hommage, à la demande de membres du Bureau, à deux amis qui quittent le bureau de la Société de Médecine du travail et d’Ergonomie de Franche-Comté, le Professeur Christiane Teyssier-Cotte, Présidente de la Société, et Pierre Mérouze, Secrétaire général, non parce que j’ai un talent particulier pour ce genre littéraire, bien au contraire, mais en gage d’amitié et de considération pour deux personnes de qualité, qui me sont chères, et qui ont accompagné mon parcours professionnel. C’est un honneur.
                Rendre cet hommage, a été pour moi, l’occasion de remonter le fil du temps en parcourant mes souvenirs et l’occasion de penser aux étapes franchies pour développer la médecine du travail dans notre région, depuis les années 75. Le Docteur Teyssier-Cotte fut ma directrice de thèse en 1973-74, dans la catégorie Médecine du travail, et Pierre Mérouze se trouvait en 1976, dans le service de Médecine du travail dans lequel je travaille actuellement.

                Vos carrières professionnelles ont été très différentes, mais vous êtes restés liés par une amitié respectueuse qui ne s’est jamais démentie. Vous avez joué, chacun en ce qui vous concerne, un rôle important dans la création, l’évolution et le rayonnement de la Société de Médecine du travail.

                Je commencerai par rendre hommage à Pierre Mérouze, Secrétaire général de la Société de Médecine du travail, qui fut médecin du travail de base dans le secteur du Bâtiment qu’il appréciait, tout en étant très impliqué dans la construction de notre métier qu’il aimait.
                C’est ainsi, Pierre, que tu t’es trouvé à l’initiative de la mise en place de la Société de Médecine du travail en 1985 et que tu y as travaillé, depuis, assidûment, faisant partie des groupes de travail et de réflexion attachés au Bureau. Ta participation a été active dans tous les moments forts de notre action collective, comme le Congrès National de Médecine du travail de 1994 à Besançon, les Journées Franco-Suisses, les Journées nationales de médecine du travail du Bâtiment. Donnant de ton temps en toutes circonstances, tu es l’ami fidèle sur qui on peut toujours compter, discret aux moments opportuns, un soutien pendant les durs moments, très réactif dans l’urgence. Esprit excessivement épris de justice et d’indépendance, tu n’as jamais fait la moindre concession dans ces domaines, ce qui aurait pu nuire à l’ambition de faire carrière.
                Mais tu es resté très modeste malgré une rare intelligence et de nombreux diplômes.
                Je suis frappée par le fait que tu as toujours favorisé l’accès des femmes de ton entourage immédiat aux connaissances auxquelles elles aspiraient, sans aucun machisme de ta part, te mettant même en retrait. Ainsi as-tu innové en constituant, avec une de tes assistantes, Sylvie, que tu as encouragé à effectuer un troisième cycle en ergonomie, à Paris I-Panthéon-Sorbonne, la première vraie équipe pluridisciplinaire en santé au travail qui a fonctionné.
                Dans d’autres domaines, tu as mis au service de tous tes connaissances éclectiques. Tu as réalisé des études statistiques pour de grands événements. Tu as mis au service de tous ton talent pour les technologies nouvelles dans les domaines de l’informatique et de l’audiovisuel, assurant la mise en place, la maintenance et le bon fonctionnement des présentations des communications de la Société. Tu as, ainsi, réalisé ou permis de réaliser de nombreux films et documentaires. Esprit vif, tu t’es souvent épuisé à défendre toutes les causes qui avaient du sens pour toi, même celles qui paraissaient perdues d’avance, et sans ménager ton intérêt personnel.
                À cet esprit-là, un grand merci ! Nous te souhaitons de continuer pour ton propre compte, de puiser avec plaisir dans le monde des connaissances, qui t’est ouvert, infiniment...

                Je quitte momentanément Pierre, pour penser avec plaisir au Pr Teyssier-Cotte, à cette personne à la voix chantante qui contraste dans notre région avec les accents plus bourrus.

                Madame, je me souviens vous avoir entendu raconter qu’enfant, en raison de votre vue, le médecin de famille avait déclaré à votre mère que vous ne pourriez pas faire d’études. Comme quoi, les prédictions médicales, en matière de santé au travail, ne sont pas toujours très fiables ni très heureuses. Mais il n’était pas médecin du travail...
                C’est avec plaisir que je constate qu’une femme a pu faire carrière à un niveau habituellement réservé aux hommes : les femmes étant généralement les « petites mains » ou, quand elles occupent des postes à responsabilité, c’est que ceux-ci, sont insuffisamment rémunérés pour intéresser les hommes.
                Vous fûtes très rapidement, tout à la fois, dans ce désert culturel qu’était la Franche-Comté en matière de médecine du travail, puisqu’il n’y avait rien, enseignante, responsable de la Consultation des maladies professionnelles et Médecin Inspecteur régional du travail. Tout était à créer : vous le fîtes.
Personnellement je suis très fière qu’une femme ait réussi à le réaliser. Même si je ne suis pas sensible à ce genre d’honneurs, j’avoue avoir été très émue quand vous avez été promue Officière ou Chevalière de la Légion d’Honneur, en reconnaissance et hommage de la nation à une femme de qualité.
                Au niveau national, vous avez joué un grand rôle dans le Conseil Supérieur des Risques professionnels, et, également, par votre fonction de Coordonnatrice des Professeurs de Facultés.
                Je n’oublie pas tous les services rendus à la profession, au travers des grandes manifestations que vous avez organisées ou présidées, comme le Congrès National de Médecine du travail de Besançon en 1994, les Journées Franco-Suisses en 1997 et les Journées nationales du Bâtiment en 2001 à Besançon.
                Au sein de la Société, vous avez accepté la Présidence pendant 20 ans, assurant son rayonnement national, mettant en place un outil à la disposition des médecins du travail pour construire leur métier, témoigner, communiquer leur expérience. Vous avez animé des groupes de travail et de réflexion, soufflant parfois sur la flamme pour réanimer les énergies défaillantes, incitant inlassablement les uns et les autres à travailler dans une réflexion collective ou individuelle pour produire des témoignages et de la connaissance. Au cours de nos réunions de la Société, vous avez, chaque fois, encouragé les intervenants par des propos pertinents, mettant en lumière les qualités de leurs travaux.
                Femme d’ordre et de rigueur, perfectionniste, travailleuse, toujours à la recherche du consensus, vous possédez, de plus, des qualités d’écoute, de synthèse et d’oratrice qui m’ont toujours impressionnée et nous ont permis de produire des communications de valeur portant sur des thèmes vastes et généraux comme l’indépendance du médecin du travail, l’éthique en Médecine du travail, la violence au travail.
                Je vous ai toujours vue trancher humainement, en faveur des salariés quand il s’agissait de leur santé. Je suis très fière des travaux que vous avez menés victorieusement avec notre Société, pour l’obtention du tableau N° 57, en vue de la reconnaissance des TMS, lourde bataille en raison des enjeux économiques.
                Vous êtes restée simple, une femme de coeur, et je pense que vous consacrez, à présent, votre vie aux personnes qui vous sont chères comme vos petits-enfants mais vous mettez aussi vos compétences à la disposition des plus démunis, dans une maison de chômeurs.

                Merci, au nom de tous, à vous deux, pour avoir tant contribué dans notre région à la mise en place de la médecine du travail, et continué au-delà de vos retraites à nous aider dans le contexte défavorable d’évolution de la santé au travail. Merci !

                
Dr Marie-France Dartois

 
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